L’aventure ou rien ! ( Bis...)

29 avril 2026

Grande traversée du Jura, 410km 15 000d+, record en 98h45

 

C’est plein de doutes que je prends le départ de cette traversée du Jura, deux semaines seulement après mon record en Auvergne. Suis-je capable d’aller au bout des 400km ? Est-ce que mon corps va tenir ? Est-ce que ma stratégie sommeil et nutrition est bonne ? Est-ce que je ne vais pas trop en chier ? Ça fait clairement un bon moment que je n’ai pas mis autant d’inconnues dans l’équation. J’aime le risque, mais le risque calculé, et là j’ai l’impression qu’énormément de choses peuvent partir en live…

Pourquoi le faire me dirais tu ? Eh bien tout simplement pour voir si j’en suis capable… J’aime bien voir mon corps comme un labo géant, dans lequel j’expérimente différentes choses. T’es à l’aise avec 30g de glucides, ok, essaye 20 ! C’est avec cette curiosité de savoir comment mon corps va réagir que je prends le départ. 

Cette fois ci, j’ai peaufiné la trace gpx histoire de ne pas faire des kilomètres gratos comme en Auvergne. J’ai pu repérer différents points d’eau sans vraiment savoir si je pourrai faire le plein ou non, mais c’est aussi ça que je recherche, ce côté aventure où l’on s’adapte à ce que l’on trouve. J’aime me réjouir devant un filet d’eau qui coule entre deux rochers, devoir aspirer lentement pour ne pas avoir plus de sable que d’eau dans la bouche, et repartir heureux pour 20km. Dans notre vie 2.0 on a tendance à oublier ce genre de petits plaisirs !

 

Un créneau de 4 jours de beau temps se profile puis l’arrivée d’une grosse dépression derrière. J’aurais aimé me reposer un petit peu plus, d’autant qu’un releveur du pied m’avait bien embêté sur la fin de l’Auvergne, puis sur les quelques sorties faites après. Je compte sur les quelques jours de repos pour remettre celui-ci d’aplomb.

Au niveau du matos, il y a quelque chose qui change bien la donne sur cette traversée : le bivouac… Donc du poids en plus, donc accepter d’être plus lent, donc de la nourriture en plus, donc du poids en plus, vous voyez où je veux en venir ? Il va falloir faire des choix si je ne veux pas que ça se transforme en grande randonnée avec un sac de 20kg, d’autant plus que j’aimerais boucler le tour idéalement en moins de 100h, soit environ 100km par jour. J’ai fait le choix de partir light mais safe, certains choix que j’ai faits peuvent être discutables, je ne referai peut-être d’ailleurs pas les mêmes la prochaine fois, mais c’est passé sans être méga inconfortable. En même temps, si tu cherches le confort, il ne faut pas prendre part à ce genre d’aventure hein !

Je suis parti avec 2.4kg de boisson isotonique, 3 mini sachets de fraises tagada, et 100g de cacahuètes salées. La boisson pour l’énergie, les fraises pour le plaisir, et les cacahuètes pour couper le gout du sucré au cas où. Ça a été un peu un pari car si tu ne trouves pas de flotte, tu n’as pas de glucides, mais c’était la seule façon d’emmener autant de calories pour un poids contenu. Je pars avec 2 flasques de 0.5l plus une flasque filtrante, qui, au final, ne m’a encore pas servie. Je m’épargnerai ce poids en plus la prochaine fois. Pour le bivouac j’ai simplement un duvet, un matelas (trop) fin et une couverture de survie. C’est spartiate mais ça devrait faire l’affaire. J’ai un sac gilet de trail de 15l avec une poche sternale et une ceinture. Le sac vient d’une plateforme chinoise en ligne pour 3 fois moins cher qu’un modèle de marque en France. Il s’avèrera parfait avec quelques modifs. Je n’aime pas trop cette philosophie d’achat, mais ayant cherché des marques partenaires pendant un petit moment et m’étant fait retoquer à chaque fois, je vais au moins cher. En 2026, si tu veux du matos il ne faut pas courir, il faut faire des vidéos et du storytelling, c’est triste quand même… !

Je pars donc avec 6.5kg. Difficile de faire moins en restant sérieux.

 

Mandeure, 29 avril, 9h15

Et c’est parti ! Aurélie m’a accompagné jusqu’au départ, ça me fait vraiment plaisir. 4 jours sans elle ça va être long. On est un couple fusionnel et on n’a pas trop l’habitude d’être séparé, on se dit que nos retrouvailles n’en seront que meilleur. C’est grâce à elle que tout ça est possible, elle est le pilier de notre couple. Je suis un peu perdu au niveau du rythme, je me sens lourd mais pas trop, donc j’ai du mal à estimer où marcher et où courir. J’ai envie d’avancer vite, alors je ne me pose pas trop de questions. 

Comme à chaque début d’aventure, les kilomètres défilent vite. Cette fois ci j’ai bien pensé à désactiver le bip à chaque kilomètre, ça m’avait rendu dingue il y a quinze jours en Auvergne, d’autant plus que je n’aime pas trop tripoter la montre pendant l’activité au risque de la faire bugger ou de perdre l’activité en cours. J’ai aussi emmené cette fois une balise inreach qui permettra à mes proches de savoir en temps réel où je suis. C’est clairement du stress en moins.

Je suis la rivière du Doubs de près ou de loin depuis le début, il fait beau et pas trop chaud, la balade est bucolique pour l’instant. Je suis sur des chemins faciles qui donnent plus envie de se prélasser plutôt que de faire péter des chronos. Je profite, de toute manière j’ai le temps hein ! je trouve un point d’eau rapidement, je bois mais ne complète même pas mes flasques, et j’enchaine. J’arrive à un camping vers le km50, en 6h40. Le spot est trop classe, ça donne envie d’y poser sa tente et de mettre les pieds dans l’eau. La forme et le moral sont bons. Je croise régulièrement des abris ouverts aux randonneurs, je trouve l’initiative vraiment top, je me demande si je pourrais y dormir et si ça resterait de l’autonomie complète. Je ne prendrai pas le risque et je poserai la question à FKT à l’occasion.

Je suis le Doubs jusqu’à la nuit, je ne croise vraiment pas grand monde. Ici la forêt est beaucoup plus resserrée, le chemin est encaissé, je passe plusieurs barrages. Je quitterai la rivière à la nuit, après une quinzaine d’heures. J’aime bien anticiper la nuit noire un peu avant qu’elle arrive, j’enfile une micro polaire, ma gore tex, mon pantalon de pluie, un buff, des gants et la frontale. En gros, tout ce que j’ai ! La frontale sera au mini quasi tout le long, j’ai deux batteries et elles devront tenir les 4 nuits. J’ai aussi une mini frontale de secours mais qui est vraiment anecdotique. J’ai aussi deux batteries auxiliaires qui serviront à charger la montre, le téléphone, et le inreach. Ça ne sera pas de trop !

Les cents premiers kilomètres sont passés, je suis content, j’essaye de compartimenter et de ne pas penser qu’il m’en reste 300 ! Le corps va bien, pas de douleurs au releveur du pied, pourvu que ça dure ! Le vent est vraiment froid et je prends un petit coup de barre, je décide de trouver un coin pour m’abriter du vent. Je fini par tomber sur un parking où s’enchevêtrent deux cabanons et un container. Ça coupe un peu le vent mais pas complètement, et mon matelas est nul (mais light…. ! ). Je ne l’avais bien sûr pas testé avant. La vérité est surtout, est ce que j’aurais fait autrement en prenant plus lourd ? Pas sûr…

Il me faut une trentaine de minutes d’installation. Je mets le réveil pour tenter de dormir 1h30, un cycle entier. J’avais entendu différents podcasts dans lesquels Sebastien Raichon, entre autres, disait qu’il fallait se lever après un cycle au risque de mal se réveiller dans le cas échéant. Je ne sais pas si c’est l’adrénaline ou quelque hormone que ce soit, mais je ne ferme absolument pas l’œil… Je me lève par dépit, pas reposé, j’ai limite froid et je suis un peu saoulé. Je prends vraiment ça comme une perte de temps ! Bref, on repart pour se réchauffer. Je m’amuse à réaliser que maintenant, faire 100km en mode rando ne me fait plus grand-chose sur le plan physique. Je me demande alors si on a vraiment des limites en tant qu’être humain, ou si celles que l’ont a sont simplement celles que l’ont se fixe. Ca me rappelle une image que j’avais vue je ne sais plus où, d’un cheval attaché à une chaise en plastique au milieu d’un champ avec pour titre «  les barrières qu’on a sont celles que l’on se fixe »…

C’est la pleine lune et c’est vraiment chouette, je m’amuse à couper la frontale de temps en temps sur des grands chemins blancs, et à me sentir comme un grain de poussière au milieu d’un vide sidéral. La nuit a cette capacité à faire ressortir et mettre en exergue les sensations. Si tu es mentalement bien, le moment sera magique, par contre si tu es au bout du rouleau, le temps te paraitra sans fin, les minutes se transformant en heures… Whitesnake chante « Here i go again » dans mon Mp3, je pense à mon papa, je pleure à chaude larmes, je suis à ma place, heureux. Ça ne sera clairement pas la dernière fois. Les efforts longs ont tendance a me transformer en madeleine !

Les prémices du jours pointent le bout de leur nez, et comme à chaque fois le spectacle est magnifique j’ai fait environ 120km, ça va être une belle journée. Plus le jour se lève et plus le mental se voit boosté. 

Les 24 premières heures passent, j’ai fait 140km. Je ne pensais clairement pas en faire autant. Je commence à penser qu’il y a peut-être moyen de mettre moins de temps que prévu puis j’essaye de ne pas y penser, trop de choses peuvent se passer en plus de 250 bornes ! J’ai trouvé de la flotte à ma convenance jusqu’alors et je n’ai pas plus faim que ça. Je ne suis pas très loin de Pontarlier. Les kilomètres défilent sans me laisser de souvenirs particuliers, ce n’est pas vraiment difficile, musculairement ca va, et mentalement je fais des petits paquets de 10km dans ma tête. C’est au niveau articulaire que ça tire un peu, j’ai la même sensation qu’après une journée debout à piétiner au musée ou dans les magasins. En fin de journée j’arrive à Metabief, je reconnais des endroits pris en photo par casquette verte lors du trail du Mont d’Or en 2017 qu’il relate sur son blog. Ça m’amuse, je continue. Je suis maintenant sur les pistes de ski, j’aimerais si possible ne pas perdre l’avance acquise la première journée. Ici, je ne croise vraiment personne, c’est hallucinant ! Je pensais vraiment qu’il y aurait des randonneurs avec le pont du 1er mai. Arrivé au sommet avec encore pas mal de névés à traverser, on échange quelques minutes au téléphone avec Aurélie, le moral est bon.

Les lumières rose-orangées de la fin de journée laissent la place à une nuit claire étoilée. Il est minuit quand je décide de trouver un endroit où dormir.  Un spot s’offre à moi avec une belle grande table de pique-nique à l’abri du vent, je pourrais dormir dessus, isolé du sol, mais j’ai clairement peur que fkt considère cela comme un abri et requalifie ma traversée de « semi assisté » … Je vais donc me coucher plus loin au bord du chemin derrière un tas de bois, pas méga confort et pas chaud, je sors la couverture de survie histoire de gratter quelques degrés. Le réveil sonne 1h30 après, je n’ai encore pas fermé l’œil…  Ça fait quasi 40h que je suis parti, je ne comprends vraiment pas pourquoi je ne dors pas ! Quand je me pose, les pensées fusent dans ma tête et je n’arrive pas à décrocher… je reprends mon chemin, un peu dépité…

La nuit, le rythme est difficile à évaluer, les repères et sensations sont faussés. Je sais que j’avance mais je ne sais absolument pas dire à quel rythme. Je sais juste qu’un pas de plus c’est un pas en moins à faire, logique 😊

Après quelques heures, mes yeux se ferment franchement. J’avance dans un demi sommeil, mon monde se résume à ce que le halo de ma frontale réglé au mini éclaire, et ce que mes paupières à moitié closes me laissent entrevoir, donc pas grand-chose. Je suis dans un état méditatif avec cette impression que mon esprit veut quitter mon corps. Je suis sur un chemin carrossable, en pleine forêt, et je ne vois pas vraiment de spot où dormir un moment. Je finis par tomber sur des empilements de bois de sections différentes au bord du chemin. Un tas de troncs d’environ un mètre de haut sur 3 mètres de long me tend les bras, je jette mon matelas et mon duvet. Mes gestes sont lents et imprécis. Je m’enfile dans le duvet en gardant mes chaussures et la musique dans les oreilles… Miracle, je m’endors après 43h et 210km !

Je n’ai pas mis de réveil, je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, mais c’est le froid qui me tire de mon sommeil. Je décide de m’activer pour me réchauffer, j’enroule ma couverture de survie autour de mon corps ainsi que mon tapis de sol, je passe mon duvet sur les épaules et je reprends mon pèlerinage. Je pense que si quelqu’un m’avait croisé à ce moment-là, il aurait réellement pu prendre peur ! Je m’amuse de cette situation et de ma dégaine plutôt… atypique ! 

Les premières lueurs du jour pointent le bout de leur nez, je sais qu’encore une fois cela va être comme une renaissance, j’ai hâte !

9h15, ça fait maintenant 48h que je suis parti. J’ai parcouru un petit peu plus de 230km. C’est plutôt cool et ça sent bon pour arriver en moins de 100h ! Ça, c’était sans compter sur une douleur insidieuse au genou droit qui gâchera la fête. C’était trop simple, il fallait bien un peu de piment dans l’aventure… 

J’ai globalement peu ou pas de souvenirs de cette journée. Les kilomètres défilent sans vraiment me marquer. Je pense qu’à un moment, le cerveau se met un peu dans une position de veille, peut-être pour rendre l’effort moins pénible, ou pour économiser de l’énergie ? Je n’ai pas eu de coup de mou jusqu’ici, ça me conforte clairement dans l’idée qu’à basse intensité les glucides sont quasiment inutiles…

La journée se passe, puis laisse sa place à la nuit. On à clairement changé de « climat ». L’air est beaucoup plus humide et la rosée remplit les champs. Certains passages dans des creux font perdre 4 ou 5 degrés en ressenti et deviennent glaciales. Je comprends mieux pourquoi c’est dans le Jura que l’on trouve les températures les plus froides de France !

Je cherche désespérément un endroit où me poser, mais il fait globalement froid partout et c’est exposé au vent. Mes articulations commencent à être douloureuses et je sens qu’il faut que je m’allonge, mais les spots se font rares, et contrairement à la nuit d’avant, le sol est détrempé. Je fini par me faufiler dans une dépression entre un muret et un tas de troncs coupés. Je suis en pente, je n’arrête pas de glisser du tapis, il fait froid, je m’endors à peine quelques minutes sur 1h30 de pause. Je repars un peu dépité, j’espérais quand même passer de meilleures nuits, je ne comprends pas trop. Je porte de nouveau mon plus bel accoutrement avec mon tapis de sol enroulé et mon duvet autour du cou. 

Le jour se lève enfin. J’ai fait 320km, on tient le bon bout ! 

Cette journée, qui avait pourtant l’air belle sur le papier avec un parcours sur les crêtes et une vue 5 étoiles sur le Léman, va s’avérer être cauchemardesque. La douleur du genou qui n’était qu’une gêne jusqu’alors va se transformer en coup de poignard à chaque pas. En plus d’un strap bricolé la veille, j’ai rajouté ma ceinture par-dessus, que je mouille ou que je gave de neige au gré de ce que je trouve. Les plats et les montées sont encore à peu près ok, mais les descentes raides m’arrachent un gémissement, voire parfois une larme, à chaque pas. Je m’assois quand je peux en culpabilisant, car je sais que ce temps passé assis m’éloigne chaque fois un peu plus de l’arrivée. Je pense fort à Joe Simpson rampant des jours entiers sur un glacier de la Cordillère des Andes avec le plateau tibial complètement défoncé, et je relativise : après tout, je peux encore avancer.

L’abandon me traverse sincèrement l’esprit à ce moment-là. Il me reste 70km à parcourir. Pas tant que je ne sois pas capable de supporter cette douleur 24h, mais est ce que je ne suis pas en train de bousiller mon corps ? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? J’appelle Aurélie, lui fait part de mes doutes, elle me rassure. Elle sait comme moi que si j’abandonne après tout ça, c’est que ce n’est pas un caprice, et que je n’aurais pas le courage de revenir. Mon pote Farid m’appelle dans la foulée. J’ai encore de l’avance sur mon timing, je décide de continuer et de prendre autant de pauses que nécessaires. J’ai un petit peu de rab niveau météo avant la pluie, mais pas non plus des masses, je serre les dents.

Bellegarde sur Valserine pointe le bout de son nez en fin de journée. Si près de la fin et en même temps si loin… Je suis extenué, j’ai mal partout à force de compenser. Le chemin accompagne la rivière sur bon nombre de kilomètres. J’ai d’étranges sensations de déjà vu dans un premier temps, et ensuite de sortir de mon corps. Je suis assez lucide pour me rendre compte que j’ai pris un sacré coup de bambou ! Je passe dans une rue où se succèdent kebabs et pizzas, ça donne envie, d’autant plus que je n’ai plus rien à manger. A la sortie de la ville je trouve un spot sur le toit d’un réservoir, c’est plat et il n’ y a pas de vent. Je sais qu’il me reste une 50aine de kilomètres, deux montées et une grande descente à la fin. Je redoute les descentes, je ne sais clairement pas comment ça va se passer !

Je me lève au bout d’une heure, je n’ai encore pas dormi, mais je n’ai pas eu froid. Je suis tout de même ragaillardi et le genou va mieux. La montée est sacrement raide ! Je pensais trouver de l’eau mais je n’en ai pas trouvé, et je n’en trouverai pas avant l’arrivée. Cela ne m’a pas plus manqué que ça, il ne fait pas spécialement chaud et on ne peut pas dire que je fasse chauffer le moteur !

Cette dernière nuit fut pour le moins haute en couleur ! Habité par des hallucinations en continu, je vois différentes créatures et animaux, tout en étant suivi par un groupe de coureurs qui font la montée avec moi. La lumière de leurs frontales m’apaise et m’accompagnera quasi toute la nuit. J’ai beau savoir intérieurement que je suis tout seul sur mon chemin, je laisse mon cerveau croire ce qu’il a envie de croire, car c’est agréable…

Je m’octroie plusieurs pauses sur des troncs çà et là, où je manque de m’endormir assis. Je me fais violence pour repartir et me mets en quête d’un spot pour dormir. Je marche depuis un moment sur un grand chemin blanc carrossable. L’idée m’effleure de simplement jeter mon tapis et mon duvet au milieu du chemin, je me ravise, puis trouve peu de temps après une petite dépression à coté du chemin. Je suis bien calé ! Je tombe de sommeil avec la musique dans les oreilles, puis me fait réveiller plus tard par 3 voitures qui passent sur le chemin ! Grand bien m’a pris de ne pas m’installer au milieu du chemin quelques heures avant…. Je croiserai encore 2 voitures après. En fait ce chemin, c’est la route à 3 grammes et nous sommes samedi soir… !

Je viens de percuter qu’à chaque fois que j’ai dormi, c’est quand j’avais la musique dans les oreilles ! En faite la clé elle était là depuis le début ! Je pense que la musique me permet de complètement lâcher prise. 

C’est reparti ! Ça ne fait pas loin de 90 heures que mon aventure a débutée, j’ai fait 370km. Cette fois, j’irai au bout coûte que coûte ! Je m’interdis toujours de penser à l’arrivée, je trouve que c’est encore un peu tôt. J’avance à mon rythme, mais j’avance. La nuit ainsi que mes compagnons de route imaginaires s’effacent petit à petit. Mes yeux se ferment de nouveau, je décide de dormir de nouveau. Je ne cherche même pas, je jette mon tapis sur le premier endroit plat, ne prends même pas la peine d’enlever mes chaussures et… c’est le trou noir ! Un sommeil profond, noir, sans rêves, le meilleur depuis le début ! Un sommeil réparateur où chaque minute vaut des heures ! Je n’ai pas mis de réveil délibérément, je laisse ce répit à mon corps, c’est à lui de choisir. Lui et moi on a beaucoup échangé ces dernières 24 heures, enfin surtout moi… Je l’ai supplié d’atténuer cette douleur sournoise dans mon genou, que ce n’était pas la peine de me faire souffrir car je ne m’arrêterai pas. Je lui ai aussi dit de tenir le coup, que l’on avait encore pleins d’aventures à vivre. Et il m’a écouté. Mon corps et mon esprit se sont chacun tirés vers le haut, l’un prenant le relai quand l’autre flanchait….

Une forte averse inattendue me sort de ma torpeur, j’étais vraiment à mille lieues de m’attendre à ça ! L’avantage c’est que ça ne laisse pas le temps d’être vaseux, il faut agir et vite vu la quantité de précipitations ! Je pack mon duvet dans un sac poubelle et me fais un poncho avec un deuxième, que j’enfile au-dessus de ma gore tex. Merci Seb Raichon pour l’astuce ! Il fait jour, je ne sais pas si je suis ennuyé, ou amusé de m’être fait avoir comme un bleu ! J’avais vu le ciel changer durant la nuit et je connaissais les prévisions, mais ça n’avait pas fait tilt que je pouvais prendre une averse sur la tronche !

 Il me reste 30 bornes, je m’autorise à penser à l’arrivée, à penser que je vais retrouver Aurélie et que ça va être chouette ! Le genou va carrément mieux, le terrain est roulant, j’alterne la marche et la course à pied pour que ça passe plus vite. Ce qui m’angoisse, c’est de payer cet excès d’optimisme un peu plus tard… Avance et tu verras plus tard !

Ça déroule, je me trouve au pied de la dernière montée qui se passe bien jusqu’à la fin où ça devient très raide avec de grosses marches très inégales.  Les douleurs dans mon genou se réveillent alors, s’apparentant à des coups de poignards. J’arrive au sommet du Grand Colombier, dernier sommet, et je ne peux quasi plus marcher… Je m’en veux d’avoir été assez con pour croire que je pouvais courir et finir sans douleur ! La descente fait 13km, je me vois déjà y passer la journée, ça m’énerve, je n’avais pas vu le truc comme ça ! Le sommet est en plein vent, ça caille ! Je cherche un coin à l’abri du vent pour me poser et laisser respirer mon genou, je finis par trouver. Je masse et je parle de nouveau à mon corps, ne me lâche pas stp ! Je repars, ça va un peu mieux. Le début de la descente est merdique, je dois être à 2km/heure, si c’est comme ça tout le long, ça promet ! Heureusement, le terrain est de mieux en mieux. Je me force à courir sur la douleur puis je m’octroie des pauses marchées. Le terrain est de plus en plus facile, donc les parties courues sont de plus en plus longues. 

J’arrive dans Culoz, Aurélie me rejoint et fait le dernier kilomètre avec moi, je passe devant la gare, fin en 98h45…

 

Epilogue :

J’écris ce récit 4 jours après mon « retour à la civilisation ». J’ai perdu quasi 4 kilos et j’ai toujours des douleurs lancinantes dans les jambes. Je pense que cette fois il va me falloir un petit peu de temps pour récupérer ! C’est marrant car je suis content de l’avoir fait, mais je n’arrive pas à en tirer de fierté. Plus qu’une aventure, j’ai l’impression que ça a été une introspection, quelque chose de mystique. En ecrivant le récit, j’ai l’impression que c’est un peu décousu, car ça l’est dans ma tête, un peu comme raconter un rêve qui aurait duré 98h45…

J’espère ne pas t’avoir perdu en route chère lecteur, et te dis à bientôt pour de nouvelles aventures !

 

 

 

Des bivouacs parfois un peu douteux ...

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