L’Hivernale des Templiers
67 km, 2500 D+
4ᵉ place – dimanche 7 décembre, 7h00
J’avais, comment dire… un petit compte à régler avec cette course.
2023 → reprise du trail quelques mois plus tôt avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Suffisamment optimiste (ou débile !) pour m’inscrire. Je prends le départ avec une douleur à la hanche et je bâche autour du 30ᵉ km : je courais comme un crabe. Pro-gres-sif on a dit.
2024 → douleurs à la hanche, encore. Je cours la Veni Vici trois semaines avant, incapable de marcher pendant trois jours après l’arrivée : fracture de fatigue. Pas d’Hivernale cette année-là.
2025 → on y est. Enfin. Le départ se fait quand même avec un peu d’appréhension : je traîne une périostite depuis quelques mois. Spoiler : elle ne se manifestera absolument pas pendant la course.
Sur la ligne de départ, ça sent bon le baume du tigre. On a tous nos petits rituels, je crois. Je me place en première ligne, tout à droite, pour pouvoir discuter avec Aurélie. Je plaisante avec un bénévole super sympa qui me demande d’où je viens. Mon accent haut savoyard m’aurait-il trahi ?
Je suis détendu. J’ai prévu de ne pas partir trop vite. Objectif : une belle course, un top 10, et plus si affinités. Je sais que c’est jouable si tout se passe bien, mais j’ai une petite appréhension liée au format : ça va courir tout du long. Je n’ai même jamais fait de marathon.
La dernière course roulante que j’ai faite, c’était le Trail du Bélier. Couru à 80 %, mais avec, à la clé, des crampes intestinales et un arrêt caca (temps irrécupérable sur un format aussi court). On croise donc les doigts pour que le ventre tienne, et les jambes aussi.
Top départ !
Le temps de faire un coucou à Aurélie en tournant la tête, je prends au moins dix places dans la tronche. Il y a des énervés. S’ensuit un kilomètre de descente où je reprends des places et rejoins le peloton de tête. Deux gars partent déjà devant. J’ai les jambes pour suivre, mais je me retiens : la course ne se joue pas là.
Premier raidillon en single : je me fais doubler, je commence à avoir l’habitude. Je reviens sur un gars qui ralentit déjà. Trois ou quatre coureurs arrivent derrière moi, un mini bouchon se forme. L’un d’eux me lance, au bout de cinq secondes à peine :
— Tu comptes le doubler ou pas ?
Single de 40 cm, en plein talus. Impossible de doubler. Mon cardio prend +20 bpm, juste à cause de sa réflexion. Je lui demande sèchement s’il est au courant qu’il reste encore 65 km à parcourir.
Il passera la ligne d’arrivée… 30 minutes après moi.
Le terrain est joueur. Piégeux, mais joueur. Ici, il faut être sur la retenue : on peut courir vite très facilement et se retrouver en SV2 sans s’en rendre compte (pour les profanes, le SV2 correspond à une intensité qu’il n’est pas souhaitable de dépasser sur un format comme celui-ci 😊).
Les descentes sont roulantes, avec parfois quelques passages techniques. Je suis parti avec la même frontale qu’à Wildstrubel en me disant que pour une heure, ça suffirait. Que nenni.
Conseil : ne négligez jamais la puissance d’une frontale au profit du poids.
Météo typique du Larzac en décembre : bruine et brouillard. Seul avantage, il ne fait pas froid. Short, tee-shirt, manchettes. En 2023, il faisait -7 au départ… pas la même ambiance.
Avec mon éclairage faiblard, j’ai parfois l’impression de jouer à la roulette russe en descente. Ça me demande une concentration énorme pour ne pas perdre de terrain. On forme un petit groupe de trois, on discute. Puis plus que deux. Premier ravito : express. Je prends des flasques pleines, des gels, un bisou à ma moitié, et je repars en 8ᵉ position.
Premier croisement : le GPS de ma montre et le balisage ne racontent pas la même histoire. Quelle merde. J’hésite, je regarde, je reviens légèrement en arrière. Trente secondes plus tard, mon compagnon de route me rejoint. Sa trace suit le balisage, on part donc dans cette direction. J’avais pourtant téléchargé la trace officielle… Frustrant.
On papote longtemps. Un peu trop, peut-être. Confirmation : un petit groupe revient sur nous. J’accélère, je laisse mon collègue du jour derrière. Les jambes répondent bien, je suis frais. Je reviens vite sur un coureur, littéralement dans ses talons, quand il trébuche brutalement. Il s’est pris dans un fil de clôture à vache.
La scène aurait pu être drôle… sans le moment où l’on se fait électrocuter, allongé dans l’herbe détrempée.
Cardio +30 bpm. Électrochoc non prévu. Je repars rapidement en voyant deux coureurs revenir. Ça descend : pas très technique, mais ultra glissant, tapis de feuilles sur pierres lisses. Je ne laisse même pas le temps au cardio de redescendre… et je me vautre lamentablement. Ça tape un peu, mais ça va. Je repars aussitôt.
Deuxième ravito, km 30. De mauvais souvenirs de 2023, mais cette fois je suis en bien meilleur état. Heureusement. Ravito express, encore. Je repars 6ᵉ. Aurélie me dit que je suis premier de ma catégorie. On va essayer de garder ça jusqu’au bout.
Les jambes sont un peu lourdes dans la côte en sortie de ravito. J’essaie de faire abstraction. Sur le plateau, l’ambiance est mystique, le brouillard y est pour beaucoup. Le balisage est bon — heureusement, car je ne croiserai qu’un seul coureur dans cette section, que je doublerai.
Je suis bien, dans le flow. Apaisé. Je verse une petite larme en pensant au chemin parcouru depuis 2023. L’effort me rend toujours émotif, c’est fou. On longe une crête, c’est magnifique.
Je reviens sur un coureur, lui dis que je suis content de voir enfin quelqu’un. Il me répond, assez ironiquement, que lui non. On discute, et il se rend compte qu’on a couru ensemble sur l’Ultra-Trail du Haut-Giffre. Improbable. Quelques minutes plus tard, il me dit poliment qu’il n’arrive plus à parler à cause du souffle. Je trace ma route.
La dernière montée avant le ravito me paraît interminable. En fait, je l’avais mentalement placée après le ravito. Erreur de casting.
Le ventre commence à se manifester : pas un problème digestif, plutôt un besoin de m’alléger de quelques centaines de grammes 😊. Perte de temps sèche, mais le trail, c’est aussi l’adaptation.
Dernier ravito, km 54. Aurélie m’annonce que je suis 4ᵉ. Content, mais entamé. J’accélère un peu, tente de revenir sur le troisième, sans succès. On croise des coureurs d’autres courses, difficile de savoir qui on remonte. Je manque de partir dans la mauvaise direction à une intersection : merci aux autres coureurs!
Je tiens le rythme. L’arrivée se devine au loin. Un dernier coup de cul, et l’affaire est dans le sac.
Ligne d’arrivée en 6h19, 4ᵉ place.
Objectif 6h15 : pas loin de la vérité. Très satisfait, non pas pour le classement, mais pour les sensations et la gestion de l’allure. Aucun coup de barre. Peut-être même un peu trop confortable. Je perds sans doute trop de temps dans les jambes des coureurs que je remonte. À ce jeu-là, la 3ᵉ place, à 8 minutes, était clairement jouable. Devant, par contre, c’était un autre monde, je n'aurais pas pu prendre la deuxième place à plus de 20 minutes.
Conclusion : que du positif pour cette course de préparation à l’Arc of Attrition, en janvier. Mon premier 100 miles. Sentier côtier, Cornouailles, pluie, vent, boue, relances permanentes… tout sauf nos terrains alpins habituels.
Je vous ferai évidemment le récit de cette aventure 😉
À très bientôt, cher lecteur.
