Faux départ et départ
En route, mauvaise troupe, je vous invite à monter dans la DeLorean, fameuse voiture du film Retour vers le futur, et à faire un bond dans le passé, dans les années 2009–2010, afin de mieux comprendre mon parcours…
En ces temps-là, j’étais au milieu de la vingtaine et plutôt extrême comme garçon. Passionné d’alpinisme et de ski, je rêvais de gravir les parois les plus techniques et de skier les faces les plus raides. Quand je n’étais pas en montagne, c’était en soirée que j’assouvissais ce comportement jusqu’au-boutiste : je fumais, je buvais, et j’emmerdais la terre entière !
Il n’était pas rare que l’on descende des refuges en trottinant avec nos gros sacs. Je croisai un jour un collègue qui me parla d’une course de « trail » et me dit que je devrais y participer. Je ne savais même pas, à ce moment-là, que courir en montagne portait un nom ! Ni une ni deux, je m’inscris donc à l’Éco-trail de Sommand. Je courus quelques fois avant la course, mais passais surtout mon temps libre à grimper ou faire de l’alpinisme. J’aimais marcher des heures en montagne, mais pour ce qui était de courir, c’était une autre paire de manches. Il n’était encore moins question, comme mon collègue, de faire partie d’un club d’athlé et d’enquiller des tours de piste…
Le jour de la course se passa bien. Je finis dans les 40e de mémoire, un résultat plutôt correct pour quelqu’un qui buvait, fumait et ne courait pas !
Mon collègue passa la ligne d’arrivée près de trente minutes après moi. Je l’accueillis la clope au bec… Une autre époque, je vous dis !
Autant vous dire qu’après ça, le virus du trail venait de me contaminer, et je rêvais déjà d’ultra (eh oui, on vous avait dit extrême).
Je me mis à m’entraîner un peu plus sérieusement. Habitant à Samoëns, il m’était facile de passer des heures à crapahuter en montagne, mais toujours très peu de course à pied. Mon hygiène de vie s’améliorait petit à petit ; en revanche, quand il y avait rechute, c’était violent. Je m’inscrivis ensuite sur quelques courses : le trail du Bélier, bien difficile (normal, quand c’est roulant et que tu ne cours pas, tu ramasses), un trail des Aiguilles Rouges honorable (dans les 50), et un beau trail des Fiz (14e en me perdant). Difficile de dire quel était mon volume d’entraînement à ce moment-là, ma seule montre étant un simple cardio-chrono Polar. Je passais beaucoup d’heures dehors, mais le kilométrage devait être bien faible.
Et puis vint la CCC, mon premier ultra. C’était beau, c’était difficile, rempli d’émotions pendant, et de vide après. Près de dix-huit heures sous une pluie diluvienne, des chemins transformés en ruisseaux, le vent, le froid, et un goût de reviens-y. Je finis dans les 200 premiers de mémoire (à confirmer).
S’ensuivit un non-tirage au sort sur l’UTMB, mais une proposition de reclassement sur la TDS. Une blessure m’empêcha de prendre le départ, et c’est ainsi que mon chemin se sépara peu à peu du trail…
2023, un nouveau départ
L’envie de retourner en montagne se faisait de plus en plus forte au fil des années. J’avais l’impression de me perdre, de combler un vide que je remplissais parfois assez facilement d’alcool. J’avais pourtant continué à faire du sport durant ces quinze années, mais j’avais mis la montagne de côté, pour de bonnes ou de moins bonnes raisons.
L’idée de refaire le tour du Ruan, que j’avais parcouru à la journée autrefois, s’est imposée. Vu mon entraînement, mon taux de masse grasse plus proche du policier municipal que du commando d’élite, et le fait qu’Aurélie — ma chère et tendre, qui a le mérite de me supporter au quotidien — n’ait jamais vraiment fait de randonnée, nous ferons le tour sur trois jours. Une belle promenade pour moi, une belle bavante pour elle, qui termine avec un joli syndrome de l’essuie-glace. Je salue encore son courage, car la dernière journée n’a vraiment pas dû être drôle.
Le virus est de retour, quinze ans après. Bon, par où commencer ? Peut-être perdre du poids ? Tu frôles le quintal, tu approches gentiment la quarantaine, il y a du boulot. Et si je m’inscrivais à une course ? Voire deux ? Pour donner le timing : tour du Ruan en août, trail de Saint-Jeoire (34 km, 3 000 D+) en septembre, trail des Glières (51 km, 3 400 D+) en octobre. Vous avez dit optimiste ? Ajoutez la Veni Vici (14 km, 400 D+) en novembre et l’Hivernale des Templiers en décembre (67 km, 2 400 D+).
Oui, c’est très optimiste… ou très con. La vérité est probablement entre les deux.
Je ne vais pas vous faire le compte rendu détaillé de toutes ces courses, ce serait pitoyable, mais en voici un résumé :
– Trail de Saint-Jeoire : pluie forte, entorse de cheville à mi-parcours, je vais au bout quand même. 150e sur 165 classés.
– Trail des Glières : énorme bavante, au point de vouloir vendre le matériel et se mettre au tricot en rentrant. Incapable de redescendre la voiture seul. 98e sur 125 classés.
– Veni Vici : magnifique, roulant, dans le rouge fluo du début à la fin. 98e sur 1 555 classés.
– Hivernale des Templiers : DNF, grosse douleur à la hanche, je cours complètement de travers et j’arrête à mi-course. Avec le recul, j’étais parti trop fort et j’aurais sans doute explosé plus loin.
2024, année charnière
L’année débute mal avec cette douleur à la hanche qui revient dès que je cours. Alors je ne cours plus. Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit.
Après plus de quatre mois sans courir, une discussion avec mon beau-frère me remet doucement en mouvement. Je m’inscris au trail du Gypaète en juin. Je fais encore plus de 90 kg, mais termine tout de même à une honnête 50e place.
S’ensuivent une course nature à Nangy (48e), un trail des Hauts-Forts, un trail du Bélier anecdotique, une 34e place au trail de Saint-Jeoire et une 21e place à la Veni Vici. Plus ma graisse fondait, plus mes places remontaient. C’est aussi simple que ça.
L’année se termine de nouveau avec une grosse douleur à la hanche, au point de ne plus pouvoir marcher après la Veni Vici. Cette fois, je ne lâche pas : examens, verdict, douche froide. Fracture de fatigue de la tête du fémur. Qu’à cela ne tienne : si je ne peux pas courir, je ferai du vélo.
2025, à fond les ballons
Les premières semaines de 2025 se passent essentiellement sur home trainer. Je ronge mon frein, je doute. On évoque la nutrition (sans déconner, on ne perd pas 20 kg aussi vite sans se priver) ou un manque de progressivité à l’entraînement. En suivant la littérature, j’aurais atteint les 100 km hebdomadaires en 2047…
Je n’ai pas fait comme dans les livres, ni comme les autres. C’est mon parcours. Le meilleur moyen de progresser reste encore de faire des erreurs et d’en tirer des leçons.
2026 sera sous le signe de la performance. On va pousser un peu les curseurs et voir ce que ça donne.
J’ai peut-être été gourmand avec mes treize dossards en 2025. Peut-être que j’aurais pu performer davantage, accrocher un podium ici ou là. Peut-être… Mais bordel, que c’était bon. Je me suis éclaté, et loin d’être rassasié de cette boulimie de courses, j’en veux encore.
Pour 2025, les résultats donnent :
3 top 5
4 top 10
2 top 20
3 top 50
1 DNF
Voici donc mon histoire, et ce premier article. La suite en 2026!

Trail du Gypaète 06/24, 93kg ...

