Le renouveau

5 septembre 2026 – Trail de Saint Jeoire – 86km/6000d+ 3e place

 

Ça faisait une éternité que je n’avais pas pris la plume pour vous conter mes aventures, mais à dire vrai, depuis mon échec sur la tentative du GR96 fin mai (que je n’ai même pas pris le temps d’écrire, et pourtant il y avait des choses à dire…), il ne s’est pas passé grand-chose.

 

Ah si, je me suis cassé le pied au trail du gypaète en me classant 4e tout en étant en méforme complet, puis j’ai ramé tout l’été pour essayer de garder la forme malgré la fracture, tout en ratant mes deux objectifs principaux qui étaient la Restonica et la TDS.

 

Cet été me laisse donc un léger goût amer, tout en m’ayant appris pas mal de choses sur mon corps et ma manière de m’entraîner. Le tableau n’était donc pas si noir !

 

Mi-août je me laisse entraîner par mon pote Farid sur la grimpée de Posettes, une course familiale de 4h où seules les montées sont chronométrées. C’était top pour mon pied, car ça permettait de ne pas le solliciter en descente, celui-ci étant encore bien douloureux au vu de ma quasi-absence de coupure…

 

Je termine 3e, ce qui fera quand même du bien au moral !

 

Le pied ira de mieux en mieux, jusqu’à m’autoriser une reco du trail de Saint Jeoire en mode rando bivouac deux semaines avant la course.

 

Je ne sais pas trop à quoi m’attendre pour le jour J, car je n’ai pas de super sensations sur cette reco, je trouve le temps long et j’ai l’impression d’être collé. Je cogite, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas mis un vrai dossard, bref, on verra bien. 

 

Jour J

 

Le réveil sonne bien trop tôt, car le départ est à 4h. Typiquement les heures de départ que je déteste, car ça demande un réveil vers 1h. Enfin là, pour le coup, je ne fermerais quasi pas l’œil de la nuit. Ils annoncent beau et chaud, j’essaye de relativiser et de me dire que ça va être une chouette journée, je prends clairement le départ pour jouer un chrono, tout en étant conscient que le pied peut vouloir l’inverse. C’est parti, je suis devant pour le petit kilomètre de plat, sans forcer, mais dès que ça commence à monter, je me fais littéralement déposer comme un cadet ! Je peste un peu contre ces débiles qui partent toujours trop fort, d’autant plus qu’ils annoncent chaud.  La première montée fait 1300m de dénivelé. J’ai mis une alarme de cardio pour être un peu conservateur, surtout en début de course… Celle-ci se met à sonner et je vois que nous sommes à plus de 1300mètres heure en vitesse verticale ! Je sais qu’à ce rythme-là, nous allons droit dans le mur et je ne cherche donc même pas à ne pas perdre le peloton de tête des yeux, je laisse filer. Au sommet de la première montée et je passe 9e, un peu dépité, mais j’ai complètement lâché prise. Je me dis que la course est encore longue.

 

Le haut de la première descente est bien technique - surtout de nuit – et il ne faut pas se là coller. J’ai beau la connaître et l’avoir fait des dizaines de fois, il faut avoir l’œil ouvert et le pied sûr pour descendre vite ici. J’assure mes pas, vite, mais fluide, le ravito se trouve 1300m plus bas, j’y arrive, pas en méga forme, à la 8e position. J’ai repris une place, mais ça ne me fait ni chaud ni froid. Les sensations sont dégueulasses à ce moment-là, les fessiers, les quadri et les ischios tirent déjà. Aurélie m’attend au ravito et je dois avoir la tête des mauvais jours. Je râle un peu, mais je repars. L’envie d’abandonner ici est forte, mais je me l’interdis, je veux pousser jusqu’au prochain ravito car la forme peut venir, ça n’est pas rare chez moi. La partie jusqu’à Mieussy est plutôt courable et vallonnée. Nous passons par un chemin au-dessus de chez ma maman, un chemin où nous allions nous promener le dimanche après-midi, je le connais par cœur. D’ailleurs, c’est marrant comme dans mes souvenirs d’enfant ce chemin me paraissait raide alors qu’aujourd’hui je cours dessus.

 

Le jour se lève, les sensations ne sont toujours pas là et je suis tout seul depuis un moment déjà (je le resterai toute la course). Je rejoins le 2e ravito, le classement et le mental n’ont pas changé. Je suis accueilli chaleureusement par des spectateurs ainsi que ma moitié, ce qui fait réellement plaisir ! Certains m’ont peut-être vu esquisser un sourire, mais ce n’est clairement pas encore ça.

 

Je sors du ravito avec le même plan d’action : tirer jusqu’au prochain ravito et voir ce qui se passe.

 

Nous sommes à un peu plus de 3h de course, et bizarrement, je commence à me sentir un peu mieux un peu plus fluide, ça tombe bien , nous sommes dans la plus grosse montée du parcours, quelque chose comme 1300m de dénivelé, je crois. La première partie est bien raide, je pousse fort sur les bâtons, j’ai hâte d’arriver dans les alpages pour avoir une vue dégagée. J’aimerais bien voir le coureur devant moi, c’est toujours plus motivant, mais pour l’instant rien.

 

L’alpage est enfin là et j’aperçois ma cible au loin, ce qui me booste littéralement. Je me surprends à courir sur des pourcentages de pente dont je n’ai pas trop l’habitude, en flirtant avec la fréquence cardiaque max que je m’étais autorisée sur cette course. Je le rattrape rapidement avant d’entamer la descente. Le soleil est là, et mon moral aussi ! La partie de Pac-Man ne fait que commencer 😉

 

En basculant coté Praz de Lys, j’aperçois aux loin deux coureurs. L’objectif est là : arriver avant eux au ravito. La première partie en single ne permet pas d’envoyer vraiment très fort, par contre la seconde partie est un chemin carrossable, ce qui me permet de les rattraper assez facilement. J’arrive au ravito sous les acclamations du public (qui était ROYALE sur cette course) pour un ravitaillement express avec ma douce. Je repars ragaillardi à la poursuite de mes prédécesseurs. La suite sera maintenant plus roulante. Nous sommes à 5h de course et peu après le ravito je chope une crampe à l’ischio. J’ordonne à voix haute à mon corps de me laisser tranquille, que de toute manière on ira au bout, et ça marche ! Je passe en 4e place avant la bascule sur la chèvrerie, le coureur que je passe est en train de payer un départ trop kamikaze…

 

Je commence à rêver de podium, on m’annonce 7min d’écart, c’est beaucoup et peu à la fois. Je relance dès que je peux. Nous passons à un endroit qui ne correspond pas du tout à la trace gpx fourni…  Un détour qui rajoute un peu de technicité, mais qui n’a clairement pas grand intérêt, sauf peut-être celui de me permettre de boire dans un ruisseau.

 

J’arrive au ravito du col de Jambaz en 7h29. La forme est encore là, ravito express et je repars. J’ai trouvé le coup de cul qui suit particulièrement dur à la reco, il passera comme une lettre à la poste. Ça fait plusieurs fois qu’on m’annonce le 3e à 5min. J’ai donc repris du temps, chouette ! La montée vers la station d’Hirmentaz se passe bien, avec la vue sur le lac Léman. C’est toujours aussi rigolo d’être près de la maison tout en surplombant le lac et en étant face au Mont-Blanc. J’ai un petit coup de mou à ce moment-là, j’essaye de ne pas m’endormir dans un faux rythme. Je passe la pointe de Miribel et je descends sur l’avant dernier ravito, et dernier point d’assistance. Je suis un peu cuit et j’en ai un peu marre d’entendre depuis 3h que le 3e n’est pas loin, à moins de 5min, comme d’habitude, lorsque le bénévole du ravito me dit que le troisième avait pris de la soupe et qu’il avait tout vomi !

 

Je me dis qu’un coureur qui prend de la soupe alors qu’il fait bien chaud ne doit pas être très bien, ce qui est confirmé par son vomito. Il me reste donc 15km pour aller le chercher !

 

Je perds un peu de temps avec un balisage vraiment pas clair à la traversée d’un champ, et j’envoie ensuite tout ce que j’ai niveau énergie dans la dernière montée à la pointe des Brasses. Sur la fin de la montée, je vois quelqu’un un peu à l’agonie au loin, j’envoie tout ce que j’ai et je le rattrape facile… Sauf que c’était une coureuse d’un autre parcours…

 

Qu’à cela ne tienne, je ne lâche rien et j’attaque la descente qui est empruntée par 3 courses différentes. Le chemin est monotrace, c’est compliqué de doubler, je ne veux rien lâcher, mais je commence à être un peu défaitiste… Comment reconnaître le 3e dans tout ce monde ?

 

Le chemin devant moi, à quelques centaines de mètres, bifurque de 90 degrés à droite pour les 5 derniers km de descente. C’est juste à ce moment-là qu’une rafale de vent lève le dossard d’un gars ayant passé les 90 degrés et me montre clairement son dossard ! Il est rouge comme le mien, c’est le troisième coureur bordel !

 

À ce moment-là je débranche littéralement le cerveau, mon podium est devant moi ! Je le rattrape avec une facilité déconcertante et le double aussi vite que les coureurs des autres courses juste un peu avant, ce qui fera naître en moi un énorme doute… Est-ce que je suis bien troisième ? j’essaye de ne pas y penser, je suis concentré sur le chemin raide et technique, je double énormément de monde à ce moment-là. Les coureurs jouent le jeu en m’entendant arriver et c’est vraiment super sympa, car ce n’est pas toujours le cas. Je les encourage, les remercient, où je blague avec certains. Un des coureurs me dit en voyant mon dossard que je suis troisième, je préfère ne pas y penser, je me dit que ce n’est toujours pas une source fiable. Je rejoins le goudron, je sais que d’ici, il ne reste que quelques centaines de mètres avant l’arrivée. Aurélie m’attend là et me crie que je suis 3e, je fonds en larmes, et nous passons la ligne d’arrivée au sprint main dans la main.

 

Quand je vous disais dans l’intro que finalement cette blessure n’avait pas eue que du négatif, je ne mentais pas n’est-ce pas ? 😉
 

 

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